Publication : Mai 2019
Signer un contrat, un engagement fort
Quand on doit signer un contrat avec un label et qu’on n’est ni juriste ni négociateur chevronné, forcément on passe par une phase de stress : Est-ce que je vais me faire arnaquer ? Est-ce que je vais être capable de me défendre ? Comment je fais si je ne comprends pas ce qu’il y a dans le contrat ?
C’est normal de stresser.
Signer un contrat, c’est un engagement fort.
Conclure un contrat de cession d’une oeuvre musicale, s’engager dans un contrat d’artiste ou un contrat de licence exclusive, c’est un engagement sérieux qui a des conséquences sur le long, voire très très long terme.
Par exemple, si tu es auteur-compositeur, compositrice, je te rappelle que si tu cèdes tes droits d’auteur à un éditeur musical, tu les cèdes souvent pour plus d’un siècle.
En as-tu conscience ?
Donc oui, si tu veux approcher un producteur, signer un contrat avec un label, tu as raison de stresser et de vouloir te préparer. C’est pour cela que j’ai décidé de partager quelques conseils tirés de mon expérience et de ma vision personnelle des contrats.
Dans cette série d’articles, je vais te parler de ce qui est – presque – le plus important pour moi dans une négociation de contrat : la posture & l’état d’esprit.
Pour signer un contrat avec un label, bien sûr c’est mieux d’avoir quelques connaissances juridiques, pour comprendre de quoi on parle et c’est la raison d’être de ce site et de mon cours en ligne Accord Parfait.
Mais négocier, ce n’est pas qu’une question de technique.
C’est ce dont je parle dans l’article que je te recommande chaudement de lire : Négocier, un autre regard
Dans les écoles de Droit ou les formations juridiques, on nous apprend la technique des contrats, beaucoup. Mais on ne nous dit rien sur la préparation mentale, physique et énergétique même, avant une négociation.
On ne nous apprend malheureusement pas la gestion du stress, la maîtrise de sa voix, l’importance du regard, le respect de la parole d’autrui, la psychologie humaine, la communication non verbale, la justesse de sa posture, l’assertivité, etc.
Parce que oui, tout ça, ça fait partie du processus de la négociation.
Et s’il est difficile pour toi de devenir expert·e juridique en 1 mois, tu peux néanmoins travailler sur d’autres aspects tout aussi importants.
Alors dans cette série d’articles, on ne va pas voir ensemble comment bien gérer son stress ou apprendre à écouter les nuances dans la voix de son interlocuteur (même si ça serait génial), mais je te partage des conseils qui sont pour moi FONDAMENTAUX et ACCESSIBLES à n’importe qui sans faire 10 ans d’études ou 3 mois de retraite dans un ashram en Inde.
Dans cet article, je te partage mon premier conseil.
Retrouve les autres conseils de négociation et des articles sur les principaux contrats de l’industrie musicale dans la section Les Contrats dans la Musique.
Premier conseil : Ose poser des questions
Au fil des ans, j’ai remarqué une chose très simple :
La majorité des artistes et des entrepreneurs se font arnaquer parce qu’ils signent des contrats qu’ils ne comprennent pas. Tout simplement.
C’est pour ça que j’ai publié ce Guide de négociation – indispensable si tu vas bientôt signer un contrat :
Ne pas comprendre un contrat est tout à fait légitime et n’est pas un problème, mais s’engager sans comprendre peut en devenir un. Et ne pas oser poser de questions est très problématique également.
Poser une question, c’est gratuit. Ne t’en prive pas.
Si tu signes un accord alors qu’il y a une phrase que tu n’as pas bien comprise, un seul mot de vocabulaire sur lequel tu hésites, une phrase trop vague, un chiffre pas clair : tu prends un énorme risque.
Très souvent, LE minuscule truc qu’on avait mis de côté parce qu’on n’a pas bien compris l’utilité, et qu’on se dit “mais non c’est rien“… c’est précisément le truc qui te revient à la figure après.
Un des problèmes à mon sens, c’est que quand on ne comprend pas quelque chose, on a souvent un mauvais réflexe : on n’ose pas demander, donc on zappe. Puis, finalement pour se rassurer, et éviter d’avoir l’air bête, on se dit cette phrase dangereuse : si je comprends pas, c’est que c’est pas important, hein.
Le danger se situe à cet endroit-là.
C’est le génie de notre mental que de faire disparaître de notre vue, sur commande, le truc qu’on ne comprend pas et qui nous ennuie. Personnellement, je conseille qu’on s’entraîne à penser le contraire :
Si je ne comprends pas, c’est sûrement que c’est important !
Pourquoi est-ce qu’on n’ose pas poser des questions ?
Petite digression. Je remonte un peu loin dans l’espace-temps mais ça me semble important, parce que – bien que ça puisse sembler anecdotique, ça ne l’est pas. Cette peur ou cette honte de poser des questions est bien réelle, et je la sens très souvent chez les artistes qui viennent me voir.
J’imagine que la peur de montrer au groupe qu’on ne sait pas est probablement liée, en partie en tout cas, à une des peurs humaines les plus primitive et ancienne : la peur d’être exclu du groupe. Si je montre que je ne sais pas, on va penser que je suis un idiot, incompétent, donc on va me rejeter, on ne va plus me soutenir. Quelque chose de cet ordre.
Il y a plusieurs dizaines de milliers d’années, être exclu du groupe voulait dire mourir, tout simplement. Sans l’appartenance à la tribu, on ne pouvait ni chasser, ni se défendre, ni se reproduire. Éloigné du groupe, on risquait de se faire attaquer et dévorer par un animal sauvage, écraser par un mammouth ou que sais-je encore.
Donc c’est tout simplement notre instinct de survie qui se serait exprimé.
Petit à petit, cette peur d’être rejeté par le groupe a pris des proportions plus ou moins gigantesques selon les personnes, les cultures et les époques. Est-ce que ça serait en partie pour ça qu’on aurait trop peur d’être mal vu ou mal considéré si jamais on pose une question inopportune ?
Je ne sais pas.
Mais je te rassure :
Aujourd’hui, en France, si tu demandes au label avec qui tu t’apprêtes à signer : ça veut dire quoi exactement un abattement ? ça veut dire quoi levée d’options ? ça veut dire quoi la durée légale des droits voisins ? … tu ne mourras ni de faim ni écrasé par un mammouth ! 🙂
Donc, si tu n’es pas sûr·e à 100% d’avoir compris : POSE LA QUESTION !
Une histoire de calcul des risques
Une phrase qui résumerait pourquoi j’insiste toujours autant sur ce premier conseil de négociation pourrait être elle-ci :
C’est beaucoup moins risqué de poser une question stupide ou inutile que de s’empêcher de poser une question qui pourrait être déterminante dans tes choix…
Et c’est une des raisons pour lesquelles on s’adresse à des avocats. Parce que la base du métier d’avocat selon moi c’est poser des questions. Les connaissances juridiques ne sont que des réponses… à des questions.
Donc une bonne avocate, un bon avocat apporte les bonnes réponses… aux bonnes questions qu’il ou elle a su (se) poser.
Ta capacité à voir au-delà des contrats
Je remarque que, pour un artiste, le fait d’oser poser des questions est révélateur de sa capacité à voir au-delà du contrat.
Tu veux que je te dise une énorme différence entre les artistes qui se font arnaquer et ceux qui savent bien négocier ?
Les premiers voient un contrat comme un tas de feuilles blanches A4, des mots sur un bout de papier, des feuilles gaspillées, une formalité, un “je signe où ?” et voilà.
Alors que les seconds comprennent que le contrat est un outil à leur service, que c’est la marque d’un engagement mutuel, et un investissement qui va leur leur permettre de soutenir leur travail. Donc ils et elles ne prennent pas à la légère ce “bout de papier”.
Donc, si tu as foi en ton projet et que tu as une vision positive et sur le long-terme de ta réussite, ne néglige pas ce conseil. Il parait simple donc on a vite fait de le balayer d’un revers de main.
Chaque fois tu as un doute et un besoin d’éclaircissement : ose demander à ton partenaire. Tu risques beaucoup plus gros en ne posant pas de questions.
Poser des questions n'est pas une attaque personnelle
Une dernière chose.
C’est vrai que je parle de la peur ou la honte d’avoir l’air bête en montrant qu’on ne sait pas, mais il n’y a pas que ça.
Il y a aussi une tendance à se taire pour ne pas faire de vagues, pour que le label en face ne pense pas qu’on est en train de remettre en question son honnêteté ou son sérieux. Parce que, pour une raison obscure, nous considérons que poser des questions c’est attaquer personnellement l’autre et sa bonne foi.
Je reçois souvent des artistes en consultation qui viennent me voir parce qu’ils n’ont pas osé poser trop de questions par peur que le label change d’avis, qu’il les trouve casse-pied ou trop suspicieux.
Or, il est important de reconnaître que poser une question n’est pas un affront personnel fait au label : c’est la preuve d’un intérêt et d’un engagement à faire les choses bien, c’est la preuve d’une vision saine et durable de la relation, ça montre qu’on prend au sérieux la confiance qu’on nous accorde – parce qu’une demande de clarification est la meilleure façon d’éviter les malentendus et conflits futurs.
Il n’y a rien de plus normal que poser des questions et de s’assurer que les conditions sont claires et limpides avant de s’engager.
Par contre, je ne vais pas mentir. C’est aussi un filtre à spams. C’est une excellente manière de vérifier la qualité de la communication dans la relation. Si, avant même de signer et de travailler ensemble, tu ne te sens pas libre de poser les questions que tu veux, si en face on est agacé dès que tu demandes une clarification au sujet du contrat… la question qui se pose est : est-ce que tu as vraiment de travailler pendant plusieurs années avec cette personne, ce label ? Te sens-tu porté·e, soutenu·e pour arriver au déploiement de ton potentiel créatif et artistique ? …
Voilà, je m’arrête là pour ce premier conseil.
Lire les autres conseils de négociation
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Il est utile de bien clarifier tes intentions et définir tes limites pour savoir ce que tu peux négocier.
Conseil #3 : Mener son enquête
Bien connaître la personne ou le label avec qui tu t’engages est essentiel.
La confiance c’est la base de tout engagement. Si tu n’as pas confiance, ne t’engage pas, c’est aussi simple que ça.
Retrouve d’autres articles sur les principaux contrats de l’industrie musicale et les mécanismes clés à connaître dans la Section : Les Contrats dans la Musique.
Pour aller plus loin
Tu as besoin d’aide pour déchiffrer un contrat que tu as reçu ? Je propose des consultations individuelles pendant lesquelles on décortique le contrat ensemble, clause par clause. Pour que tu puisses t’engager, ou pas, en toute conscience.
Un Guide de négociation pour t’aider à identifier les Questions les plus importantes à se poser face à un contrat dans la musique.
Tu es artiste-interprète, auteur-compositeur, compositrice, et tu développes des activités professionnelles dans la musique ? Tu souhaites approfondir ta compréhension de l’industrie musicale – pour mieux protéger tes droits et recevoir l’argent qui t’est dû ? Je t’invite à découvrir le cours en ligne Accord Parfait.
Si tu as des questions, des remarques, un partage d’expérience, tu peux laisser un commentaire sous l’article. Et si l’article t’été utile, tu peux me le faire savoir en cliquant sur le coeur 💛 Merci !
2 réponses
Bonjour, j’aimerai bénéficier de vous services pour décortiquer mon contrat. Vous conseil m’ont l’air réfléchies et professionnel
SVP
Merci pour ton message.
Si tu as besoin de consultations, tu as toutes les informations sur cette page {décryptage de contrats}: Consultations
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