[Mythes & Bullshits de la Musique] #1 – Le piège de l’intermittence du spectacle

Aujourd'hui, je voulais parler de ce que j'appelle le piège de l'intermittence du spectacle.

Voici une série d’articles rédigés en 2019 quand le blog s’appelait encore “Droit de la Musique”.

Je m’adressais aux artistes qui débutaient leur carrière et voulaient devenir pros.

J’ai pensé que ça pouvait rester intéressant même pour les Entrepreneurs (de la Musique).


 

Je commence aujourd’hui une série sur ce que j’appelle les Mythes et Bullshits de la Musique. Oui, je sais c’est un peu grossier. Mais parfois, pour dégommer des croyances encrassées dans nos esprits, il faut utiliser les “grands moyens” (oui, pour moi, utiliser un gros mot en anglais est un grand moyen ^^).

Mon but est de montrer comment certaines de nos “certitudes” sont en réalité POSÉES SUR DES MINES ANTI-PERSONNELLES.

Donc, pour t’éviter qu’elles t’explosent à la figure, je voudrais te montrer où sont cachées certaines d’entre elles.

Et aujourd’hui, pour commencer la série, je voulais parler de l’intermittence du spectacle.

Oh la la non ça va être chiaaant…!” *smiley qui ronfle*

Non, attends ! On ne va pas parler ici de Pôle emploi, des 507 heures, des cachets et de toutes les manifs… *smiley qui est tombé dans le coma*.

J’ai envie de te montrer à quel endroit se cache “la mine anti-personnelle de l’intermittence”.

C’est vrai que je parle du PIÈGE de l’intermittence du spectacle, et peut-être que certains vont penser que c’est un peu exagéré. Mais je ne pense pas que j’exagère.

Par contre, tu vas voir juste un peu après, qu’en réalité le problème n’est PAS l’intermittence en soi. Le problème, comme souvent, c’est dans NOTRE TÊTE !

L’intermittence du spectacle, c’est un régime d’indemnisation du chômage. Point.

Beaucoup d’artistes (comédiens, musiciens…) et de syndicats se sont battus pour bénéficier de ce régime spécifique d’indemnisation du chômage.

À l’époque, ça voulait dire reconnaître au musicien le statut de SALARIÉ.

Et Salarié = congés payés, sécurité sociale, retraite, droit au chômage !

C’est pas rien quand même !!

T’imagines passer de l’image de “saltimbanque” en grande précarité, avec des fins de mois difficiles, aucune sécurité, pas de retraite, rien……..à……..salarié français !!!

Pour beaucoup à l’époque ça a été comme une reconnaissance de leur travail, même s’il était “différent” des autres.

Et ça été reconnaître aussi que le temps passé à créer une œuvre, à répéter, à préparer un spectacle, est un vrai temps de travail.

Enfin !! On considérait que les musiciens exerçaient un VRAI travail, un vrai métier

ET qu’ils méritaient donc la “sécurité de l’emploi” et les avantages qui vont avec en France (sauf que pour la “sécurité de l’emploi”, c’est pas gagné, on en reparlera…)

Donc, en même temps que la loi a créé le statut salarié de l’artiste, elle a créé le régime de l’intermittence du spectacle qui correspond en fait au droit au chômage de l’artiste.

Ça veut dire que quand il ne travaille pas, et s’il remplit les conditions, un artiste peut être indemnisé par le Pôle Emploi.

C’est tout.
C’est ça l’intermittence du spectacle.

Donc, pitié, si tu rêves de devenir musicienne ou musicien professionnel, arrête de dire “je veux devenir intermittent” !!

Les temps changent, les esprits se réveillent

Heureusement/Malheureusement/Ni l’un Ni l’autre, les temps changent.
Ce qui t’offrait sécurité et liberté à une époque, peut devenir des années plus tard un frein et une contrainte.
On dirait bien que c’est un mouvement naturel dans la vie.

Eh bien, pour certains artistes, PAS pour tous bien entendu, le statut salarié (et donc le régime de l’intermittence) est devenu trop contraignant.
Il n’offre plus assez de liberté, et les soumet à un cadre qui ne leur correspond pas.

Tu veux que je te dise maintenant ce qui a été LE PIRE PIÈGE pour certains musiciens ?

C’est que leur OBJECTIF a changé.

Pour pouvoir “devenir intermittent” et bénéficier du chômage, tu dois avoir travaillé un certain nombre d’heures pendant une certaine période. Mais s’il te manque des heures, pas d’indemnisation.

Du coup, le focus a changé.

LE BUT ULTIME de certains musiciens (et souvent inconsciemment) est devenu = TOUCHER LE CHÔMAGE grâce à l’intermittence du spectacle.

L’objectif principal de leur vie professionnelle, de leur carrière, est devenu = trouver des contrats et travailler le nombre d’heures qu’il faut POUR avoir le chômage.

Ça te fait toujours rêver ?

Tu m’étonnes que pleins d’artistes, pourtant “intermittents” (le Graal) soient malheureux et ne se sentent pas épanouis…. 🙁

Ils se sont complètement perdus, déconnectés de ce qu’ils veulent vraiment, loin, très loin de leurs ambitions et de leurs envies.

Est-ce que le problème, c’est l’intermittence du spectacle ? Bien sûr que NON.

Le problème c’est la définition de l’objectif, c’est la motivation profonde.

En réalité, l’intermittence, le salariat, une société, une association, tout ça ne sont que des contenants, des structures porteuses…mais porteuses de quoi ? Tu mets quoi dedans ?

Quand on ne définit pas ce qui est important pour soi, quand on perd de vue nos aspirations profondes, on est vite entraîné dans une spirale infernale commandée notre besoin de sécurité, notre peur de manquer et notre besoin de reconnaissance. Qui sont des besoins qui ne sont JAMAIS rassasiés.

Donc, pour résumer :

être intermittent du spectacle c’est toucher le chômage, et ça peut être super cool

le salariat peut offrir un cadre sécurisant aux artistes (financièrement et socialement)

mais quand le but d’une carrière d’artiste est de satisfaire ce besoin de sécurité, ça peut mal finir

pour éviter d’être pris au piège dans ce système, il est indispensable de bien définir ses objectifs et ses propres critères de la réussite

Et c’est là qu’arrive le deuxième Bullshit de la Musique qui concerne l’équation du succès imposée à tous les esprits depuis (quand?) : Argent + Célébrité = Succès.

Tu veux rester connecté ?

Si tu veux recevoir ir·régulièrement des infos utiles, des réflexions, des outils, des partages… je t’accueille avec plaisir dans la Newsletter ! Inscris-toi juste ici :

Recevoir la Newsletter

J’accepte de recevoir les informations régulières du site. Mes données personnelles seront traitées conformément à la politique de confidentialité du site. Je peux me désabonner à tout moment par le lien figurant en bas de chaque email.

Les commentaires

8 réponses

  1. Clairement, à chaque fois que je monte un spectacle pour faire des gusos. Je fini par jouer de la merde à touristes avec des musiciens uniquement intéressé par les papiers. Ça fonctionne si à côté je fais de la musique. Souvent ça se ce la pète souvent cette obsession du gugu les rend irrespectueux, j en est croisé une collection ( coté d azur)
    Mais je vais être honnête, j ai en fait peu de respect pour les “intermittents” . Par ce que , à moyen terme, à long terme, ça ne fonctionne jamais. C est trop chiant, trop loin de la musique.
    Cet article résume bien le piège.
    Perso si tu te présentes comme intermittent, en général suivent les mentions ” je sais pas trop vendre” ” non j ai pas de matériel de scène ” ” je bosse vite hein” ” t’en es où de ton statut?”.
    Alors ça va choquer des intermittents, mais le 2ème jour de confinement, j ai eu 35 mails d annulation ( c est moi qui vend qui fourni le matos qui fait les papiers) . Beh en fait … c etait une bonne chose.

    Le plus triste, c est qu il y a des musiciens fabuleux qui ne font maintenant des choix qu en rapport avec leurs statut.

    1. Merci Franck pour ton partage.
      Je comprends complètement ton amertume… et effectivement c’est ce que j’essayais de décrire dans l’article.

      Alors, pour ma part, je respecte les musiciens / intermittents qui font ce choix, parce que fondamentalement, je comprends complètement leurs besoins profonds (et je suis certaine que toi aussi) : un besoin de sécurité et de reconnaissance… qui se transforment en peur de finir SDF et enfermé dans un placard fermé dont on a perdu la clé

      La question est : jusqu’où est-on capable d’aller pour combler ces besoins ? pourquoi la peur a-t-elle pris le contrôle de ces besoins ?

      Il est évident que cette question ne concerne pas que l’intermittence du spectacle ni que la musique…

  2. Bonjour,je suis intermittent (musicien)depuis plus de 20 ans. Vous avez raison, trouver des cachets pour toucher du chômage, donc forcément faire parfois “de l’alimentaire “. On devient un peu mercenaire pour être sur

    tous les coups, pour assurer la quantité ! Le confinement m’a permis de prendre du recul, je désire continuer mais garder les projets qui me touchent. Ce qui veut dire trouver en parallèle un job comme interim ou mi-temps et je pense ne pas être le seul dans ce cas.

    1. Bonjour Nicolas et merci beaucoup pour ton partage et ta sincérité.

      Je suis heureuse de lire que tu as décidé de donner la priorité aux projets qui te touchent et de sortir de la posture du “mercenaire” comme tu dis.
      C’est un choix courageux, même si les circonstances extérieures ont aidé, et j’imagine que la réorganisation ne doit pas être simple.
      Je t’envoie tous mes encouragements en tout cas !
      Et peut-être auras-tu l’occasion de nous partager un jour les fruits de cette belle prise de recul 🙂

      Bonne continuation à toi

  3. Perso , je voulais jouer pour les gens , aucune autre ambition . Donc , baloches , repas , thés , soupers dansants , noces , anniversaires . J’avais beaucoup de travail et , un jour j’ai eu connaissance de l’intermittence . Je me suis donc inscrit et ça a duré 35 ans jusqu’à ma récente retraite . Je n’ai jamais eu peur de quoi que ce soit ou du lendemain , peut être parce que j’ai toujours eu beaucoup de taf sans jamais courir le cachton . Ca tombait et temps mieux . J’ai peut être eu de la chance mais , ce qui est sûr , je ne regrette rien .

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

D'autres articles à lire :

Nous explorons ce sujet capital du choix et de la protection du Nom de Scène avec Jérémy Béchet, juriste spécialisé en droit des marques

Lire la suite »

QUI contrôle tout l’industrie de la musique en France et dans le Monde ? Qui détient les clés du business de la musique ? Un article écrit pour les Artistes et les Créateurs.

Lire la suite »

Pour les plus pressés, voici une synthèse en 10 points de ce qu’il faut savoir sur les droits d’auteur dans la musique.

Lire la suite »